Musings sur la moyenne

Stock bof, good enough, moyenne montante et blind spots đź‘€

Il y a plusieurs années, je jasais avec un ami entrepreneur du travail livré par différentes boîtes tech.

Il trouvait souvent ça... moyen. Des fois, même médiocre.

Il se demandait pourquoi quelqu’un prendrait la peine de monter une business, bâtir une équipe et faire de la vente pour finalement shipper du stock bof à ses clients.

À l’époque, il était peut-être un peu plus cocky ou intransigeant qu’aujourd’hui. Sa question était quand même légitime.

Je lui avais répondu qu’une bonne partie du marché savait probablement pas reconnaître l’excellence qu’il prônait. Même parmi les clients capables de la reconnaître, certains ne voulaient pas la payer. Et d’autres pouvaient juste pas se la permettre.

Pis il restait tous ceux qui n’en avaient juste pas vraiment besoin!

Ceux pour qui un résultat moyen réglait leur problème parfaitement. Du stock bof, good enough.

Cette convo m’est revenue récemment en entendant des fancy tech bros reparler de la tendance des modèles AI à produire une réponse probable, commune, moyenne.

C’était essentiellement le propos de mon édito Tout goûte la vanille. Quand tout le monde utilise les mêmes modèles pour générer les mêmes affaires, tout finit par se ressembler.

Je pense encore que c’est vrai. Mais il y a trois affaires que j’ai envie de ramener sur la table. Des fois :

  • la moyenne t’apparaĂ®t excellente.

  • la moyenne fait la job.

  • la moyenne monte.

Je vais saupoudrer ça d’exemples concrets. Hopefully, ça t’aidera à prendre de meilleures décisions pour ta compagnie ou ta carrière 🤝

La moyenne dépend de qui regarde

Prends le design.

Une personne sans expérience demande à un modèle frontière de lui sortir un visuel. Le résultat est peut-être parfaitement moyen pour une designer expérimentée. Pour la personne qui l’a demandé, c’est dix fois mieux que tout ce qu’elle aurait pu produire seule.

De son point de vue, c’est excellent.

La designer, elle, voit probablement les références génériques, la hiérarchie boiteuse, le choix de typo générique, les espacements étranges. Elle a les reps, les cicatrices et le vocabulaire pour reconnaître et nommer ce qui manque.

Niveau design, moi, je vis dans une zone bizarre. Je suis pas bon en design, mais je sais c’est quoi du bon design. Juste assez pour sentir qu’un output n’est pas excellent. Pas toujours assez pour expliquer précisément ce que je veux changer.

Fait que je m’appuie sur des références excellentes à mes yeux. Une version lâche, digitale et peu coûteuse de « bien s’entourer ». Je les donne au modèle, je le fais spinner, j’ajuste, je recommence. Lui peut faire vingt itérations sans se tanner. Moi, je grafigne à la troisième.

Donc oui, ça rend l’excellence plus accessible, mais pas gratuite. Je la paie en temps, en attention et parfois en frustration... parce que je suis pas « bon ».

Ta capacité à reconnaître la qualité devient donc un blind spot en soi. Avant d’essayer de pousser la qualité d’un output à 11/10, faut savoir si tu peux vraiment juger le résultat—et si la personne qui va le recevoir a besoin de mieux.

Souvent, la réponse est non.

Le marché aime le good enough

Regarde Costco. Tu peux t’acheter une télé, un chandail ou un meuble. Du stock ni mauvais ni exceptionnel. Le produit règle ton besoin, le prix est compétitif, tout le monde est content. Il y a un énorme marché pour ce genre de stock.

Même affaire avec la pop commerciale. Ça fait des décennies que des chansons moyennes—parfois juste mauvaises—deviennent des hits, créent des carrières et accumulent les spins. Il y a évidemment aussi de la pop incroyable et légendaire. La qualité artistique reste une variable parmi d’autres : familiarité, timing, répétition, distribution, etc.

Récemment, une compagnie que j’aime beaucoup m’a envoyé un sondage. Le courriel était bien écrit, probablement avec l’AI. Quelques questions dans Google Forms. Rien d’exceptionnel.

Mais ça faisait parfaitement la job.

Aujourd’hui, tu peux vibe coder ton propre formulaire, designer une expérience visuelle hors du commun et personnaliser le parcours pour chaque destinataire. Ça te coûterait 10× plus de temps à créer et à maintenir, sans rendre les réponses 10× plus utiles.

Le good enough conserve un plancher. Le formulaire doit fonctionner. Les questions doivent être claires. Les réponses doivent se rendre à la bonne place. Le stock brisé, dangereux ou négligé vit en dessous de la moyenne.

J’avais déjà fait un calcul similaire pour le pod.

Il y a deux ans, on m’a offert de filmer les épisodes de SaaSpasse en 4K. L’image serait plus sharp. Le prix aussi.

J’ai regardé d’autres podcasts tech. J’ai réfléchi aux appareils et aux contextes dans lesquels le monde consommait réellement notre produit. Dans ceux que j’ai regardés, le 1080p restait courant et faisait amplement la job.

La 4K aurait amélioré l’image. Le gain technique était réel. J’étais beaucoup moins convaincu qu’elle augmenterait l’écoute, le partage ou les revenus.

J’avais de meilleurs endroits où investir une heure ou une piastre :

Qualité et cleverness du contenu. Constance. Quantité de promotion et de marketing sur les différents canaux. Reach des invités. Branding. Angle unique. Positionnement.

Chacune de ces dimensions avait plus de chances de faire bouger l’adoption ou la profitabilité que des pixels supplémentaires.

Je parle de la décision de l’époque. La 4K pourrait éventuellement différencier le produit somehow, somewhere (ou devenir la norme).

Aller plus haut aurait été de l’overengineering et de l’overspending. Chaque coche de qualité a un coût. L’enjeu est de trouver celles qui font vraiment bouger l’adoption, la rétention, le revenu.

La moyenne monte

Je jasais récemment avec Guillaume Chalifoux, un cool gars qui travaille sur un produit d’intelligence compétitive. Comme son outil aide les équipes à suivre ce que leurs compétiteurs shippent, on a naturellement parlé de ce qui devient table stakes en product marketing et en positionnement.

Ça s’applique particulièrement aux fonctionnalités d’un SaaS.

Une feature commence comme un nice to have. La première compagnie qui la shippe se différencie. Les compétiteurs copient. Les clients arrêtent tranquillement de la célébrer et commencent à s’attendre à ce qu’elle soit là.

Son absence peut te faire perdre une vente. Surtout quand c’est un comité de checklists qui magasine.

L’AI accélère cette migration en permettant aux compagnies de bâtir et de copier plus rapidement. Le feature set moyen d’une catégorie monte plus vite.

Le seuil reste propre à chaque segment. Pour une clientèle technique et AI-savvy, un accès facile à ton produit par API ou par MCP peut devenir table stakes. Si ses agents ne peuvent pas y accéder, tu forces ses humains à jouer la couche d’intégration manuelle.

Pour une autre clientèle, le MCP change absolument rien. Pis c’est correct!

Ton produit peut donc se retrouver en retard sans avoir régressé d’un pixel. La moyenne a simplement monté autour de lui.

On a vécu exactement ça avec le front end de SaaSpasse.

Quand on a choisi notre outil no-code, il faisait la job. On pouvait bâtir et maintenir notre plateforme web rapidement, sans y consacrer une équipe de développement complète. Les agents de code n’étaient pas rendus où ils sont aujourd’hui. Pouvoir interagir programmatiquement avec notre front end pesait très peu dans la décision.

Depuis, une partie croissante du heavy lifting opérationnel de notre poutine numérique se fait avec des agents. Les miens peuvent toucher au code, à nos données et à plusieurs de nos outils. Jusqu’à récemment, arrivés au front end, ils devaient me redonner la balle.

Ce transfert est devenu un vrai pain in the butt. L’accès agentique a pris assez d’importance pour peser dans notre décision de changer d’outil.

(En écrivant cet édito, j’ai réalisé que WeWeb avait shippé son MCP quelques semaines plus tôt. La moyenne avait déjà monté. J’avais juste pas regardé.)

Le choix initial était bon pour son époque.

Oh well. Trop tard : j’avais déjà lancé Claude Fable sur la refonte complète du front end, sans avoir à toucher à une ligne de code ou à l’interface.

J’aurais pu refaire le design au complet, mais notre bon vieux mauve était good enough... pour l’instant!

Quand tu sais pas ce que tu fais, tu fais probablement du stock bof. Entoure-toi.

Quand tu sais ce que tu fais, crank it to 11 seulement là où l’excellence crée du levier. Ailleurs, laisse le good enough faire sa job.

Pis garde un œil sur la moyenne. Elle monte.

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Quelque chose à ajouter? Good. Laisse un commentaire ou réponds à ce courriel direct.

Cheers,

Frank đź’ś

Psst—tu check pour du financement?

On teste un canal pour référer les startups tech québécoises vers le bon type de capital : anges, VC, opérateurs-investisseurs, dette, financement non dilutif, subventions ou programmes publics. Le formulaire prend environ 5 minutes. Dis-nous ce que tu bâtis, ce que tu cherches et où tu en es. S’il y a un fit, on te revient avant de partager quoi que ce soit.

Il va y avoir du monde à messe ⛪️

Le vrai line-up d'une conf, c'est pas juste sur la scène, c'est dans la salle.

Pour la SaaSpasse Conf '26, on ne sera pas à plaindre. À date, c'est plus de 106 compagnies différentes qui seront dans la place.

La moitié des billets est partie. Les compagnies s'ajoutent chaque semaine, les spots partent vite. Attendre trop, c'est risquer de scroller les photos avec regret le lendemain de la Conf.

Founders, opérateurs, investisseurs : viens trouver ton prochain hire, client, cofondateur ou chèque.

Du vibe coding pendant la due diligence 👨‍⚖️

Le scénario : un acheteur potentiel dit qu'il va vibe coder ton produit pendant la diligence technique.

Devrais-tu t’inquiéter?

Le tldr de Guillaume Falardeau (@ Leviat) : plusieurs le font dĂ©jĂ , et si ça t'inquiète, c'est ça le vrai signal. Avec Claude Code, un acheteur arrive au feature parity de ton app en une fin de semaine. Comme dit Eleanor Warnock : « If your moat can be vibe-coded during diligence, it may have been more of a puddle. » đźĄ˛

Le code, c'est rendu une commodité. Ce qui fait pencher vers l’achat, c'est tout ce qui ne se vibe code PAS : ta base de clients, tes contrats, tes données proprio, ta conformité (SOC 2, HIPAA), ton sales motion et tes logos Fortune 500.

Tu peux vibe coder une app. Tu peux pas « vibe engineer » des processus critiques.

La seule métrique qui compte?

Jean-Gabriel dirige un cabinet de 450 clients et passe ses journées le nez dans des états financiers. Alors quand LUI te dit que la métrique la plus importante pour ta business c’est juste ton deal flow, tu devrais écouter.

Sa thèse : fais moindrement une job diligente, garde ton pipeline plein et tu ne feras pas faillite. Mieux encore — oversubscribe ton funnel, et là tu peux choisir tes meilleurs clients ou juste monter tes prix. C'est la première affaire qu'il regarde dans n'importe quel nouveau projet, et la première qu'il regarde avant d'investir dans le tien.

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