Cohérence canadienne
Réflexions sur Cohere 🇨🇦

Le gouvernement canadien veut investir jusqu'à 1.6G de dollars canadiens dans Cohere, un lab d'AI canadien.
C'est cool de voir le PM à Montréal mettre des talents tech d'ici de l'avant. Of course j'ai envie qu'on bâtisse ici, qu'on soit dans la game autant que possible.
Mon premier réflexe de tech bro a quand même été de vérifier deux affaires : combien Cohere a levé versus OpenAI et Anthropic, pis où leurs modèles se classent.
L'écart m'a fait chercher cet emoji sur mon clavier : 🤨
Après, comme citoyen, j'ai aussi envie qu'on contrôle mieux la stack sur laquelle nos entreprises et nos services publics vont rouler. Pis qu'on dépense bien nos impôts. Mais est-ce que financer notre propre lab nous rapproche de ça?
Entre les annonces optimistes et les réactions cyniques, j'ai eu envie de creuser.
J'aimerais recevoir quelqu'un de leur leadership sur le pod. J'ai fait des pieds et des mains pour avoir Joëlle Pineau à notre Conf '26, sans succès. J'ai relancé quelques perches—hésite pas à faire de même si tu connais quelqu'un là-bas!
Je te partage ce que je pense avoir compris du pari Cohere, et les questions que j'aimerais leur poser.
Le pari de Cohere
Leur terrain principal, c'est l'AI pour (grosses) entreprises et gouvernements : des modèles, des outils pour chercher dans les documents du client et des systèmes qui peuvent rouler dans son environnement numérique.
Ils ont des clients et partenaires comme Oracle, Bell, CoreWeave, Fujitsu, etc.
Leurs outils de recherche alimentent entre autres du bon vieux RAG (Retrieval-Augmented Generation) : on donne au modèle les passages pertinents pour qu'il s'en serve dans sa réponse.
En 2025, Cohere aurait atteint 240M US d'ARR, selon un mémo aux investisseurs rapporté par BetaKit.
Côté funding, voici des cumulatifs reconstitués :

En G US. Cohere inclut toute la cible de sa série E; montant clos non publié. Anthropic : cumul au 30 juin 2026. OpenAI : minimum documenté levé ou engagé. Sources : Cohere, Anthropic, Microsoft/CMA, SoftBank, OpenAI.
Côté capacités générales, leur modèle Command A+ reste loin derrière les modèles comparés ici :

Indice Artificial Analysis v5, données du 1er novembre 2026.
Cohere revendique aussi des premières places pour classer les résultats de recherche par pertinence, une étape du RAG, mais dans ses propres évaluations.
Dans leur blog post sur leur vision, les fondateurs veulent rivaliser à la frontière en reliant modèles généraux et systèmes spécialisés, notamment en cybersécurité + finance. Selon eux, les problèmes rencontrés et les résultats vérifiables aideraient à améliorer leurs modèles généraux, qui renforceraient ensuite les systèmes spécialisés.
La partie systèmes spécialisés, je la comprends : un système excellent pour analyser des contrats peut être plus utile à un cabinet qu'un modèle général mieux classé.
Mais la boucle qui permettrait ensuite de rivaliser sur les modèles généraux, j'aimerais mieux la comprendre. Les gros labs travaillent aussi là-dessus et visent aussi ces marchés : où Cohere pense développer son avantage, avec beaucoup moins de moyens?
Still, les benchmarks sont loin d'être la seule dimension dans cette réflexion ↓
Souverains sur quoi?
La géopolitique pèse lourd dans leur vision. Je comprends l'envie d'une alternative au duo États-Unis/Chine. Y'a de l'incertitude dans notre relation avec les Américains. Avoir plus de contrôle sur les technologies qui vont soutenir nos hôpitaux, nos banques ou notre défense, ça me parle.
Sauf que plus je creuse, plus je réalise que "souveraineté" change de sens selon la personne à qui tu parles. Je commence à voir ça comme plusieurs sliders : données, logiciels, matériel, expertise. Imaginer toute la chaîne ici—des mines jusqu'aux modèles—me semble irréaliste.

Contrôler le modèle
Okay, donc Cohere permet de déployer ses modèles sur nos propres machines ou dans notre cloud. En déploiement privé, ils disent ne pas recevoir les requêtes ni les réponses des clients.
On peut aussi adapter des modèles ouverts ici. Cohere publie d'ailleurs Command A+ sous Apache 2.0 : financer un lab canadien et contribuer à l'open-source peuvent aller ensemble.
Choisir sur quoi ça roule
Ça prend aussi l'infrastructure pour faire rouler toute cette tech.
Notre dépendance aux technos américaines existe déjà : du logiciel américain dans nos réseaux de santé avec Epic, et du 🌩️ cloud 🌩️ américain au fédéral avec AWS pour Notification GC. Deux couches différentes de notre stack. Deux petits exemples parmi plein d'autres.
Epic est derrière Connect Care en Alberta, avec MyChart comme portail patient. Au Québec, deux CIUSSS utilisent aussi Epic pour leur Dossier santé numérique depuis mai 2026. Madeleine Gieysztor, d'AlayaCare, le mentionnait dans sa capsule B2G.
Changer de modèle d'AI peut donner plus de contrôle à une organisation pendant que ses systèmes continuent de rouler sur le même cloud américain.

Exemple hypothétique : changer de modèle sans changer de cloud. Cloud américain désigne ici le fournisseur; les données peuvent être hébergées au Canada.
Et même là, l'adresse du centre de données raconte pas toute l'histoire : qui peut accéder aux données ou les reconstituer?
Dans un solide post, Éric Pinet, d'Unicorne, invite à regarder qui contrôle les données, leur chiffrement et les clés. Sur le pod, Pascal Leblanc expliquait comment fragmenter les sauvegardes entre plusieurs clouds pour limiter ce que chacun peut reconstituer.
Reste le matériel : pour l'inférence (le calcul pour faire rouler un modèle déjà entraîné), on peut acheter des puces étrangères et les exploiter ici. Rorqual, chez McGill–Calcul Québec, roule avec des GPU NVIDIA H100. Leur fabrication et l'approvisionnement pour les prochaines générations restent d'autres dépendances.
Bâtir ici, avec qui?
Cohere mise aussi sur des partenaires : son partenariat avec Bell vise des infrastructures situées au Canada, et la fusion annoncée avec Aleph Alpha, en Allemagne, prévoit s'appuyer sur STACKIT, le cloud de Schwarz. Le pari dépasse donc les modèles et veut toucher au nuage.
Parmi les engagements annoncés : au moins 1.7G CAD d'infrastructures de calcul additionnelles au Canada d'ici 2030. Des data centers.
Ces alliances peuvent diversifier nos options, sure. Mais le paysage politique change là-bas aussi : quels droits et quelles capacités on garde quand la relation évolue? Évolution, ici, c'est l'euphémisme PC. Y'a d'autres mots plates si t'aimes mieux genre détérioration ou clash culturel ou guerre commerciale.
Au final, pour développer, adapter et maintenir tout ça, ça prend du monde ici qui comprennent les systèmes et qui peuvent conseiller nos institutions. Le talent, ça c'est une des raisons pour lesquelles j'ai envie de voir Cohere réussir.
Le public dans le privé
Plus je pense à Cohere, plus je retrouve un bout du casse-tête de mon édito sur le VC au Québec.
Un investisseur privé cherche du rendement financier—principalement. Quand l'État investit tho, d'autres objectifs apparaissent. On peut aussi vouloir des équipes ici, du savoir-faire et plus d'autonomie pour nos institutions. Ces bénéfices-là se calculent pas juste avec stock price goes up.
Mais Cohere reste une entité commerciale. Elle doit convaincre des clients de payer pour ses produits. Cette pression de market peut aider à transformer notre recherche, notre tech, en produits utilisés pour vrai.
Dans leur blog post, les fondateurs donnent justement l'exemple d'Airbus : une collab européenne, soutenue par des fonds publics, qui a fini par tenir tête à Boeing. L'intérêt commercial et l'intérêt collectif peuvent se renforcer. Still, je me demande si du capital patient peut permettre le même genre de percée dans une industrie qui bouge à la vitesse de l'AI. J'aimerais entendre leur réponse.
Si l'argent public accélère ça et attire d'autres talents + capitaux, je suis down. Mais si l'État devient à la fois gros investisseur et principal client, comment on s'assure que les produits restent compétitifs sur la qualité et le prix? AKA comment on évite un genre d'ouroboros corpo-gouvernemental.
Pour Cohere, Ottawa prévoit investir en actions, par étapes, avec notamment NVIDIA, Bell et Schwarz Group. Des Américains, des Canadiens, des Allemands.
NVIDIA dit investir pour faire grandir l'écosystème autour de ses technologies. Elle peut en masse avoir un double intérêt : la valeur de ses parts dans Cohere + la demande pour ses puces.
Si l'État revendait un jour ses parts plus cher, le gain reviendrait aux finances publiques. Il pourrait aussi recevoir des dividendes, si Cohere en verse. Ça reste hypothétique for now.
Côté emplois, Cohere promet au moins 1K nouvelles jobs techniques au Canada d'ici 2030.
Reste qu'on concentre beaucoup d'argent dans une seule compagnie. Certains vont s'exclamer : on pourrait financer davantage la recherche ouverte, l'entraînement et l'inférence, ou plusieurs startups! Qu'est-ce que miser sur Cohere permet d'obtenir de plus?
Bâtir en AI coûte f**king cher. J'imagine que le gouv a pu se dire : might as well concentrer notre pari sur un poulain qui a le vent dans la crinière. Et je parle pas d'Aidan Gomez, même s'il a une cool crinière.
Le fédéral achète déjà des licences à Cohere. S'il devient aussi actionnaire, comment il jongle avec ses intérêts de client, d'investisseur et de régulateur? Avec NOS différents intérêts, devrais-je dire, en tant que citoyen. C'est tellement officiel le mot citoyen hein.
Les grands clients, au Canada et hopefully ailleurs dans le monde, peuvent acheter à Cohere des outils déployables dans leur propre environnement. Nice. Pour nos startups et nos citoyens, j'aimerais ça comprendre ce que cet investissement public changera. C'est pas un play de retours purement cash, clairement. Peut-être que ces réponses-là peuvent suffire? ↓
On va attirer, faire grandir et garder du talent technique en AI au Canada.
On pourrait réduire notre dépendance aux labs américains et chinois pour certaines fonctions étatiques et corpo critiques.
J'en suis là
Je suis parti d'un écart de financement et de benchmarks. Je me retrouve à réfléchir à ce qu'on veut savoir bâtir nous-mêmes, aux dépendances qu'on accepte et à la place de l'État là-dedans.
Si j'avais quelqu'un de leur leadership devant moi, je commencerais par ces trois questions :
Si notre relation avec les États-Unis était saine et prévisible, quelle serait votre raison la plus forte de bâtir Cohere?
Quel problème concret d'un client canadien pouvez-vous résoudre mieux que les autres options, et comment le mesurez-vous?
Dans cinq ans, qu'est-ce qu'on devrait pouvoir constater ici pour dire que l'investissement public a servi, au-delà de la croissance de Cohere?
Si ça se rend à quelqu'un chez Cohere ou au PR : j'aimerais vraiment prendre le temps d'en parler sur le pod! J'ai envie qu'on bâtisse ici. Je dédie mon temps et mon cash à bâtir une brand et une communauté qui font drette ça. Ma ligne éditoriale, c'est curiosité + nuance + humour.
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Cheers,
Frank 💜
Un 200 qui aurait dû être un 403
La faille la plus sournoise dans une app SaaS fait pas de bruit. Pas d'alerte, pas d'erreur rouge. Juste un user standard qui peut appeler un endpoint d'admin, parce qu'un check de permission a sauté dans un refactor fait avec l'AI.
C'est le plus gros angle mort que voient Nicholas Milot et Cyndie Feltz, pentesters chez Yack. Faque ils ont bâti Tahr : une petite chèvre qui teste tes autorisations rôle par rôle, pis qui te crie après quand ça fuit.
40 M$ plus tard, gaiia recrute
L'équipe a levé 40 M$ en mai. Maintenant, ça prend du monde :
Y’a 14 postes ouverts chez gaiia, 100 % à distance, de Senior Security Engineer à Forward Deployed Engineer.
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